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La mise au placard est-elle assimilable à du harcèlement professionnel ?
L'administration doit-elle contribuer financièrement au travail de reconstitution d'un portefeuille de dossiers ?
Peut-on facturer des travaux ?
Est-on réellement mal jugé quand on est au placard ?
Demander un poste ou signaler sa compétence ?
Comment réagir quand on est convoqué d'urgence pour une mission ?
Comment répondre, quand on dit de vos propositions "ce n'est pas concret" ?

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La mise au placard est-elle assimilable à du harcèlement professionnel ?    Compléments/opinions

Les composantes du harcèlement professionnel ont été définies avec précision par Mme Hirigoyen dans un ouvrage récent. L'une des composantes, que l'on retrouve dans la mise au placard est l'isolement. Oubliée par l'organisation, l'individu n'est plus mis en situation de prouver sa valeur et de faire des propositions. Il perd confiance en lui. Son cercle de relations se réduit. Mais le harcèlement se définit aussi par la volonté de nuire d'une personne perverse et qui se poursuit dans le temps tant que la victime ne se sort pas de cette relation en acceptant la confrontation. Dans l'administration, la volonté d'isoler peut exister, de la part d'une personne précise. On retrouve aussi une complicité de la hiérarchie, qui n'ose pas trancher le conflit. Mais l'isolement peut aussi se prolonger, même en l'absence de volonté délibérée de priver la personne d'informations. Il faut aussi tenir compte de la force d'inertie des services, qui peut jouer séparément d'une relation de harcèlement. Il arrive qu'un service oublie carrément des personnes, le service du personnel ne se souvenant même plus de leur existence dans les effectifs. Cette inertie peut créer de la souffrance, mais le problème n'est plus, dans ce cas, de sortir d'une relation destructrice avec une personne. Il s'agit davantage de sortir d'une relation destructrice avec une organisation et  un système de valeur qui ne considère l'individu comme efficace, seulement quand il est à son poste dans un emploi correspondant à son grade. Où l'utilité collective du travail réalisé ou des compétences potentielles peut devenir un élément mineur.  En résumé: Le fait générateur peut être une situation de harcèlement. La situation d'isolement peut se poursuivre au-delà, avec une souffrance qui s'apparente à celle résultant du harcèlement. Mais l'oubli dans lequel on peut se trouver peut se transformer en opportunité, à condition de sortir d'une situation d'attente...

L'administration doit-elle financer le travail de reconstitution d'un portefeuille de dossiers ? btn_haut.gif (1755 octets)

Non. En maintenant la rémunération, l'organisation reconnaît déjà suffisamment que la compétence de l'agent peut un jour être réactivée. C'est ensuite à lui, et à lui seul de se donner les moyens logistiques pour se créer son "bouquet" de services. Il n'est pas normal, par exemple, qu'un agent contraint de rester chez lui parce qu'il est sans poste, demande en plus un bureau et un téléphone. Parce qu'il sera psychologiquement dépendant du service qui lui accordera ces moyens. La reconstitution de la compétence est un défi entre la personne et l'ensemble de son environnement économique. L'agent doit réapprendre à chiffrer ses coûts de production.

Peut-on facturer des travaux ? btn_haut.gif (1755 octets)

La double rémunération n'est permise que dans certaines conditions. Mais il faut totalement la bannir, quand on est au placard. La reconstitution de l'offre de compétences doit être le seul objectif. Il importe à cet égard d'être encore plus rigoureux que la moyenne des collègues. Un placardisé qui profite de son inaction totale ou partielle pour développer des services utiles aux usagers, crée déjà des jalousies, surtout si son action rencontre l'intérêt d'un certain public. Il ne faut donc en aucun cas, qu'il gagne davantage que ses collègues en poste. Il faudra qu'il assume sur ses deniers tous les frais liés au décollage des nouveaux services qu'il veut lancer. Il pourra, en revanche, éviter que ces dépenses personnelles ne durent trop longtemps. Une fois le nouveau service connu et testé, il peut proposer que ce service soit assuré par une structure (école, association), qui prendra alors en charge les frais généraux, dans le cadre d'un partenariat. Mais l'indemnisation des frais antérieurs au partenariat ne peut pas être rétroactif. En résumé: durant la période où la nouvelle activité n'est encore qu'émergente, l'individu doit accepter d'investir sans attendre de remboursement. La déplacardisation n'est efficace que si l'heure de travail retrouve un prix, au sens économique du mot. C'est aussi un bon moyen pour éviter la dispersion dans l'action. Enfin, cela réhabitue le placardisé à défendre ses droits, oubli qui a peut-être été, dans un passé lointain, à l'origine de son "décrochage".

Est-on réellement mal jugé quand on est au placard ? btn_haut.gif (1755 octets)

La sensation d'injustice est évidente. Pas d'invitation à des réunions. Des propositions qu'on croit sans suite, parce que l'on n'a pas été écouté, et qui se trouvent reprises sans que l'origine en soit rappelée...Mais il ne faut pas en conclure que l'organisation a définitivement classé la personne parmi les improductifs. L'administration est traditionnelle, et les gens qui peuplent les services de gestion du personnel ont généralement du respect pour le travail fait, même et surtout quand il n'est pas crié sur les toits. Un agent qui n'a pas démérité ne sera jamais totalement "tricard". Là où il y un mélange confus des critères de professionnalisme, c'est dans les sphères ou le suivi des dossiers est assuré conjointement par les services et ce que l'on pourrait appeler la sphère "politico-administrative": où, à, la qualité intrinsèque du travail s'ajoute la capacité de mettre en scène ce travail dans des situations de représentation. On se trouve là parfois face à un "double bind": ou bien présenter le travail de manière penaude, ou bien s'assumer en totalité, à la fois comme rouage et comme personne. Si une telle attitude vient à faire de l'ombre à plus en cours que soi, le placard est proche... Mais la mémoire de l'organisation retient quand même la partie laborieuse. Ce que l'organisation peut en revanche reprocher au placardisé, c'est de ne pas entretenir sa compétence dans les secteurs où la demande est supérieure à l'offre. Faire cet investissement et le faire savoir sans ostentation est plus efficace que de postuler systématiquement pour des fonctions que l'étiquette de placardisés rend inaccessibles.

Demander un poste ou signaler sa compétence ? btn_haut.gif (1755 octets)

Quand on reçoit les annonces de postes vacants, le réflexe est souvent, dans un premier temps, de postuler systématiquement à tous les postes correspondant à des fonctions que l'on se sent capable d'occuper. C'est une manière de montrer qu'on ne se laisse pas aller. Mais on oublie souvent une chose: la placardisé est, déjà, dans l'esprit de l'insitution, quelqu'un de rétrogradé. Sa valeur personnelle n'est pas en cause. Mais il a simplement, à un moment de sa carrière, "décroché". Il n'est plus aussi prévisible que d'autres collègues moins expérimentés. Il y a même des postes qu'il n'aura jamais. Postuler systématiquement, c'est repousser un travail de deuil ...En revanche, il existe et existera toujours des domaines sur lesquelles les périodesde décrochage sont sans effet: c'est la compétence, définie comme capacité à résoudre des problèmes précis. il vaut mieux dans ce cas, faire valider cette compétence, l'entretenir, et la signaler une bonne fois, en la mettant en relation avec des besoins insatisfaits, et ce, dans des politiques publiques prioritaires. Ensuite, la mettre en ouevre dans des domaines où son utilité peut être vite démontrée, et où une organisation pourra à tout moment faire une OPA sur la personne. Dans le premier cas, on manifeste son existence en cherchant à prouver implicitement une injustice. Dans le second cas, on vit son projet professionnel.

Comment réagir quand on est convoqué d'urgence pour une mission ? btn_haut.gif (1755 octets)

Tout dépend du contenu de la mission. Le service peut, par exemple, s'être brutalement souvenu de l'existence du placardisé à l'occasion d'une mise à plat des effectifs. Il met en demeure ce dernier de prendre un poste connu pour avoir du mal à être pourvu, et qui doit l'être pour ne pas voir s'envoler l'emploi budgétaire. Ou bien, seconde hypothèse, le service s'est souvenu que l'agent avait signalé ses compétences dans un domaine précis. On l'appelle alors pour un dossier - certes encore ponctuel -, mais requérant exactement cette compétence. Même si le premier poste a une bonne visibilité institutionnelle, il est recommandé de l'examiner avec précaution. En retour de disponibilité, un agent doit prendre un des trois postes qui lui sont proposés. Si le placardisé est en situation d'affectation normale, sa situation doit au moins être alignée sur celle des retours de disponibilité. Surtout s'il n'a pas quitté le service et a régulièrement manifesté sa volonté de trouver un travail dans un secteur stratégique (exemple: l'Internet). Il n'est pas dit ici qu'il faille refuser. Mais l'important est de ne pas l'accepter en considérant que l'on est débiteur, du fait d'être resté inactif un certain temps. Sinon on passe d'un placard dans un autre placard ...On peut y être contrain. Il faut alors rester lucide et savoir que la reconstitution de la dignité reste la priorité. La seconde perspective est plus intéressante, car le service reconnaît alors un sens à l'effort personnel de reconstitution de la compétence. Dans ce cas, même si le poste est sous-dimensionné par rapport au grade, il est intéressant de tenter l'opération. Et d'ailleurs, le service comprendra tout à fait qu'en contrepartie, par exemple, d'une baisse ou d'une stagnation possibles des primes, de la précarité du poste, ou de contraintes géographiques, le placardisé puisse proposer de réfléchir à un cadre de travail compensatoire (ex: télétravail partiel). Il n'obtiendra peut-être pas tout, mais il se sera installé dans une relation d'égalité de dignité.

Comment répondre, quand on dit de vos propositions: "ce n'est pas concret" ... ?

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Qu'il soit sur un poste d'attente du type chargé de mission, ou cloîtré chez lui, le placardisé est parfois tenté de faire des propositions de son cru pour améliorer le fonctionnement du service. Il a du temps. Il découvre des besoins non satisfaits et veut montrer que ses compétences n'attendent qu'un signe de l'organisation pour se déployer à nouveau dans leur plénitude. Dans ce cas, c'est souvent le "flop" qui l 'attend. Comment comprendre un tel comportement anti-économique, de la part du service ? Manque de disponibilité des cadres opérationnels, rivalités de personne, manque de finition entachant souvent des travaux conduits avec les moyens du bord? A côté de ces éléments de contexte qui varient selon les services, deux causes structurelles se retrouvent. D'abord le climat psychologique qui entoure la proposition rappelle souvent ces manifestations de dévouement renouvelées des personnes victimes d'une domination perverse. Ces dernières, espérant que le pervers, auquel elles attribuent un comportement rationnel, finira par reconnaître leur existence en tant que personne. La seconde cause tient à la sous-estimation de ce que les psychologues et psychanalystes appellent la production symbolique. Tentons d'abord une définition de ce terme, dans lequel il ne faut pas prendre le mot symbole au sens courant d'un "logo". L'exemple de la monnaie est plus pertinent. La monnaie est ce qui, dans une collectivité humaine, permet l'échange des biens et des services. Le bien change de propriétaire, quand l'argent a changé de main. Mais encore faut-il que la monnaie ait cours. Pendant longtemps, le paiement par chèque a rebuté de nombreuses personnes, préférant se limiter à l'usage des billets, voire des pièces. Dans l'échange en liquide, l'impression que la relation est soldée quand les billets sont passés de la main à la main est plus immédiate. L'effort d'abstraction rappelant que le cours du billet est garanti par la médiation d'une institution transcendante aux personnes est inutile. Le billet a acquis depuis longtemps son autonomie en tant que symbole d'une relation sociale universelle. Sortir son billet pour payer, c'est monter à l'autre que l'on donne de soi, avec la certitude qu'il ne pourra pas le nier. On pourra aussi expliquer ainsi le rôle de l'échange d'argent "à l'état brut", exigé généralement par les psychanalystes. Pour revenir aux propositions du placardisé, elles sont rejetées, non parce qu'elles sont mauvaises, mais parce qu'elles n'ont pas leur place dans la production symbolique du service. Elles sont des OMNI, des "objets managériaux non identifiés". La démonstration de leur utilité directe est aussi vaine que la tentative d'acheter un kg de pomme de terre avec une reconnaissance de dette. Pour qu'un projet ait une valeur d'échange administrative, il faut qu'il puisse être identifié immédiatement, au stade de l'affect, comme une occasion produire de l'occupation, de la procédure, ou de la visibilité politique:

- de l'occupation: le projet peut produire de la réunion de coordination

- de l'ordre: le projet peut produire un réglement nouveau, une catégorie nouvelle d'ayants-droits, une fusion de deux catégories d'ayant-droits ...

- de la visibilité politique: le projet peut produire une proposition imputable au service dans le cadre de la préparation d'un projet de loi ou de circulaire.

Quand on reproche à un placardisé le manque de concret de ses propositions, il ne faut surtout pas croire qu'on lui reproche le manque d'utilité de ce projet pour le service public. Est "concret" un projet qui permet au service de se reproduire. L'utilité comme critère principal est dangereuse: elle contient une idée de naissance, de vie et de mort. Mais demander au placardisé d'abandonner la primauté de l'utile, c'est nier son identité, car il ne peut retrouver confiance en lui-même que par cette voie. On se retrouve donc dans une situation proche de la relation perverse. Ce n'est pas le collègue qui exprime cette demande de "concret administratif" qui joue le rôle du pervers, mais l'institution. Le placardisé ne s'en sortira qu'en plaçant la relation, non plus sous l'angle de la reconnaissance de sa dignité par d'autres individus - ses pairs -, mais sous l'angle purement juridique du statut. Dans la mesure où il doit assortir ses propositions de l'emballage adéquat, il lui sera aisé de démontrer qu'il bénéficie aussi pour cela du crédit de temps nécessaire. L'obligation de résultat qu'il se fixe à lui-même n'est plus l'opérationnalité immédiate, mais la réalisation de l'emballage administratif qui manque à la crédibilité de sa proposition. Son projet n'a pas été déclaré inutile. Il dispose de témoignages prouvant le contraire. Son défi est dès lors de construire une stratégie de communication adéquate pour qu'au moment où il rappellera ses états de services, son effort puisse être comptabilisé avec la même échelle de valeur - la notation -, que celle utilisées pour juger ses pairs. On ne lui a pas proposé d'autre poste ? Il prend garde de ne pas reprocher, devant des tiers, au service de l'ignorer ? Risque-t-il de ne pas être officiellement mandaté pour mettre en oeuvre son projet? Dans ce cas, il est en règle. En s'appuyant sur le sentiment d'être en règle, il est de retour dans sa demeure... Retour à la case départ ? pas vraiment. Il va pouvoir réutiliser en les revisitant, les arguments accumulés lors de sa quête de reconnaissance. Il pourra faire aisément son deuil des justifications qu'à l'époque il avait cru pertinentes, voire géniales. La stratégie de communication qu'il va construire ne se situera plus sur le terrain de la demande de reconnaissance. Rien ne prouve que la mise en oeuvre d'un projet pour lequel il aura beaucoup donné lui sera pour autant confiée au départ. Mais il sesera installé sur la route qui conduit du travail à l'oeuvre