CONTRIBUTIONS

Edito / Management  / Autoportraits / PluriactivitéFAQ / Email/ Liens /

Le placard, point de départ pour une retraite différente …
François Tanniou

Cette réflexion a été rendue possible grâce aux messages des internautes adressés au site des placards.

Ce site est consécutif à une mise au placard dont l'auteur a été victime. Il s’est ensuite construit par des échanges avec des collègues également au placard. Au bout d’un certain temps, nous nous sommes trouvés avec suffisamment de documents pour les organisés en un site Internet.

Ensuite, s'est posée tout naturellement la question: pourquoi ne pas dépasser l’échange d’idées et créer un service anti-placards avec une dimension préventive (comment éviter d’être mis au placard ?) et une dimension aide à la sortie (retrouver sa place ou partir, ou mieux: pouvoir partir parce qu'on a retrouvé sa place).

Les débuts ont été difficiles ....

Il est très difficile de regrouper des gens placardisés pour les faire agir. Souvent, ils n’ont plus de relation à l’action. Ayant occupé des emplois de commandement ou d'expertise en relation avec la sphère du pouvoir, ils ne veulent pas recommencer "petit". Ils ont peur des situations où ils n'ont plus comme seule source d'identité que la valeur de leur savoir-faire personnel actualisée au prix du marché. Le fait d'avoir une fonction visible dans une organisation permet d'éviter ce face à face avec la réalité brute. Privé de la fonction, l'individu a tendance à s'installer dans le personnage de l'incompris ou du précurseur. Même si historiquement, cela a été le cas, ils s'y installe d'abord parce que ce rôle de composition lui apporte une identité de rechange. Ils va donc concentrer leur énergie sur les institutions qui n’ont pas reconnu savaleur. Il considèrent comme un préalable d’être réhabilités par ceux qui l'ont fait souffrir, avant de construire un autre projet.

Les attentes des visiteurs, les demandes de certains médias, pressentant la popularité du sujet, les encouragements de nombreux fonctionnaires nous ont incité à continuer.

Il fallait donc formuler la question en des termes qui donnent envie à l'ensemble des acteurs sociaux de s'y intéresser, et qui donne envie à d'anciens placardisés d'aider les autres ...

Un bon point de départ était selon nous de trouver la bonne "fenêtre de tir" entre :

- la prise en charge de la souffrance individuelle et de la propension plus ou moins grande de certains individus - à taux de performance égale -à se faire placardiser;

- le choix d'aller au contentieux quand les faits sont constitutifs d'une infraction pénale ou d'un préjudice matériel ou moral;

- le rattachement du phénomène "placards" à une réalité macro-économique suffisamment structurelle pour apparaître aux yeux de tous comme un vrai problème de société.

Notre parti a été de privilégier la 3ème approche, tout en répondants aux demandes individuelles en matière d'écoute.

Nous privilégions aujoud'hui l'hypothèse suivante:

La mise au placard est un phénomène ayant une composante objective et une composante subjective.

La composante objective est le processus par lequel un individu se voit progressivement privé des relations sociales grâce auxquelles sa production acquiert un sens pour les autres.

La composante subjective est le processus par lequel l'individu cherche à éviter une souffrance trop forte, et développe des comportements d'isolement venant renforcer ceux générés par l'organisation.

Pour réagir efficacement aux facteurs externe d'isolement, deux conditions doivent être réunies:

1) Il doit pouvoir accepter toute la masse de souffrance jugée jusqu'ici insupportable

2) Il doit pouvoir s'appuyer sur des sources d'identité totalement étrangères à celles dont l'organisation cherche à le priver.

En d'autres termes, trouver une vraie vie ailleurs, et depuis ce nouveau point de départ, reconstituer des liens avec l'extérieur, et récupérer ainsi en même temps l'identité vidée de son sens Le "jack pot", c'est quand le processus de reconstitution des liens englobe une partie des acteurs ayant joué un rôle actif dans la placardisation.

Or, quelle est l'autre vie, pour un placardisé de 45, 50, 55 ans ? Cette autre vie est la retraite.

Mais attention …

Si par retraite, on entend le fait de jouir d'un revenu de substitution en cessant de contribuer activement à l'économie, ce n'est pas jouable. Car le déficit de sociabilité se perpétuera. De plus, préconiser ce comportement, c'est aller contre la tendance actuelle en matière de gestion des retraites.

S'il s'agit d'entrer dans un système de production de richesses où ce n'est plus la fonction qui crée la valeur de la personne, mais l'ensemble des vocations étouffées durant la période d'intégration à la production "officielle" … on se rapproche singulièrement d'un autre enjeu:

Comment occuper les agents publics qui vont devoir travailler 40 ans au lieu de 37 ans et demi ?

La population des placardisés actuels n'est-elle pas la face émergée d'une population bien plus nombreuse ?

Des études, conduites au sein du conseil d'orientation des retraites ont prouvé que les principales résistances à l’allongement de la durée de cotisation provenaient du sentiment d’inutilité dans lequel de nombreux fonctionnaires s’installent dès 45-50 ans.

Dans ce cas, pourquoi ne pas mettre en place un dispositif de traitement des placards pouvant être réutilisé pour la masse des personnels qui vont devoir travailler plus longtemps, alors que même actuellement, le contenu réellement utile de leurs attributions tend à se contracter ?

Une solution pourrait consister par exemple à créer dès maintenant des binômes entre des cadres au placard et des jeunes diplômés qui prennent leurs fonctions.

Il faudra bien entendu décrire dans le détail le mode de fonctionnement du binôme, et procéder à une analyse très fine des modes de transmission avec le concours de cogniticiens Eviter par exemple que le senior soit tenté d'instrumentaliser le jeune pour en faire le vecteur de sa revanche contre l'institution.

Cette forme de tutorat devra s'appuyer sur une authentique ingéniérie pouvant aller jusqu'à la normalisation ISO.

La sortie du placard ne concerne donc pas uniquement les individus placardisés au au sens strict du mot.

En travaillant sur la sortie du placard, on peut inventer des nouvelles formes de travail qui pourront servir aussi à d’autres, le jour où nous serons tous obligés de travailler plus longtemps.

Ce site a pour ambition de constituer une instance de médiation dont le rôle serait :

- de détecter des placardisés (ou des gens qui ont déjà accepté l’idée de travailler plus longtemps mais différemment)

- de leur proposer des bilans de compétences, à partir d’une véritable adaptation à l’univers non marchand

- de créer une formation au tutorat, en collaboration avec l'union des grandes écoles, car ce sera le moyen de rendre cette formation éligible à la formule du congé individuel de formation (CIF)

© François TANNIOU

F.Tanniou@wanadoo.fr