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La
gestion de l’exclusion dans la Fonction Publique |
Comment
faire d’une perversion managériale une chance pour le Service
Public ? |
1. Une facilité de management mortelle à terme Le
statut de la Fonction Publique a pour objet de respecter dans le concret
les principes qui fondent la conception française du Service
Public : universalité (ou neutralité) , continuité,
mutabilité (ou adaptabilité). C’est pour garantir
le respect de ces principes que les fonctionnaires sont astreints à
des devoirs, et bénéficient de droits particuliers. - Par certains fonctionnaires qui s’y adossent (comme on s’adosse au radiateur) pour oublier leur devoir premier (celui de servir effectivement la collectivité publique). - Par les gestionnaires eux-mêmes de la Fonction Publique, qui en tirent prétexte pour cacher leur manque de courage derrière de prétendues impossibilités humaines ou juridiques. C’est ainsi que, plutôt que d’assumer le devoir de motivation qu’a tout responsable de ressources humaines, comme la nécessité de sanction de ceux qui ne respectent pas leurs obligations, l’administration utilise face à cette double caricature une même perversion managériale à double visage : -
L’octroi de sinécures Sous des formes très différentes selon le niveau hiérarchique des fonctionnaire, toutes les catégories sont touchées : - Du côté des sinécures, à l’Inspection Générale rémunératrice et garantie de temps libre pour cadre supérieur ayant rendu des « services » signalés, correspondent les mercredi après-midi de décharge (parfois avec la complicité que l’on veut croire involontaire des syndicats) pour les agents d’exécution s’étant montrés suffisamment serviles dans des heures difficiles. -
Du côté des placards, au poste de chargé de mission
pour l’étude prospective du développement des activités
portuaires d’une ville lacustre correspond l’affectation
classique à un service d’accueil que la seule présence
des « administrés » suffit à dévaloriser. La
fameuse externalisation des coûts chère à M. CROZIER
trouve là une illustration discrète mais généralisée. Or cette pratique est suicidaire, dans un premier temps pour la Fonction Publique, dans un second pour le Service Public : -
Elle conforte le discours populiste contre les fonctionnaires, discours
qui occulte tous les débats pourtant souvent nécessaires
sur le sujet. 2. Quels enjeux ? La seule dénonciation de la perversion, de ses dangers et des souffrances générées sera indiscutablement insuffisante pour inverser la tendance : le confort collectif procuré est beaucoup trop important pour qu’il soit abandonné pour des raisons seulement « morales ». L’objectif ne peut donc qu’être de prendre appui sur l’évolution de l’intérêt des acteurs. Dans le contexte actuel, quel est-il ? -
Les Institutions, et en particulier le Ministère de la Fonction
Publique , …( et là les pointillés ne sont pas neutres),
a à gérer tout à la fois, une volonté de
transfert de fonctionnaires de l’Etat vers les collectivités
territoriales (ce transfert de charges, donc de lieu de prélèvement
est d’ailleurs la raison première de la décentralisation),
l’allongement de la durée de cotisation des fonctionnaires,
donc le recul du départ en retraite, et le choc démographique,
qui viendra inévitablement même s’il est retardé
et atténué par les mesures précédentes. -
Les « managers » publics et les gestionnaires de personnel
ont à faire face à une démotivation grandissante,
particulièrement marquée chez les plus de 50 ans. Face
à ce phénomène, et sans que l’on sache qui
est la poule et qui est l’œuf, les dispositifs « octroi
de sinécures/ placard » se multiplient, donc deviennent
de plus en plus difficiles à imaginer, et surtout à gérer. -
Les agents sont tous des sinécurés (on en fait un dessin
?), ou placardisés potentiels. Ils vont avoir à travailler
plus longtemps. Or tout le monde sait que c’est beaucoup plus
lourd de s’ennuyer au bureau que de s’y occuper en faisant
quelque chose que l’on peut raconter le dimanche à ses
(petits) enfants. - Le citoyen-contribuable moyen, et c’est quand même lui le plus important a intérêt à payer le moins d’impôts possible pour le meilleurs service possible, donc à la réduction de ce qu’il faut bien appeler un gaspillage. Finalement, tout le monde a intérêt à en sortir, mais personne ne sait comment. Donnez moi un levier et je soulèverait le monde. 3. Des pistes Sur
la base des réflexions exposées sur ce site, la piste
consistant à s’appuyer sur les seuls acteurs douloureusement
confrontés au problème, les placardisés semble
fructueuse. L’objectif général pourrait être la conception d’un dispositif d’inversion de la tendance par - Définition d’emplois d’utilité organisationnelle et/ou sociale indiscutable, tenables par des fonctionnaires de plus de 50 ans, et actuellement inexistants ou peu valorisés. - La valorisation sociale interne et externe de ces emplois à hauteur de celle des emplois actuellement occupés par les agents les plus « huppés » du niveau considéré (Le Directeur, la Secrétaire de Direction, …). - La définition du dispositif de passage des emplois traditionnels à ces nouveau emplois (choix des « candidats », fussent-ils désignés, processus de gestion des carrières, formations de reconversion avec leur financement et leur contenu, …) La
méthode pourrait être de s’appuyer sur d’actuels
placardisés (sélectionnés pour éviter que
leur souffrance ne soit trop longue à traiter simultanément
au processus de production). Un séminaire de travail permanent au sein d’un petit groupe, avec des engagements clairs à continuer la participation quel que soit le devenir professionnel de chacun, aurait pour fonction de supporter l’élaboration du projet et la participation du groupe à sa conduite. Sur la tactique, il est possible qu’un certain nombre de préalables soient nécessaires à la fiabilisation de la démarche tant sur le plan de ses chances de réussite que sur celui de la pérennité de sa moralité et de la sécurisation de son origine. Un certain nombre d’actions de communication sont peut-être à conduire en la matière. La fenêtre de tir existe, il ne faut pas la rater ! |